LE DERNIER STADE DU FUMA

Pire qu’une secte des Illuminati pour certains, snob pour d’autres mais la plupart du temps mal connu, le joueur FUMA reste une espèce de gamers assez rare. « Vivons caché pour vivre heureux », telle pourrait-être leur devise. Mais les joueurs FUMA sont-ils vouée à vivoter dans l’underground du jeu vidéo ? D’ailleurs veulent-ils vraiment sortir de leur anonymat ? Entre deux centres à flinguer du pigeon, état des lieux du mode de jeu ultime.

 

Il était une FUMA…

J’ai commencé à pratiquer le FUMA en toute fin de saison FIFA 10 (juillet – août 2010), initié par un partenaire virtuel régulier. Après trois années à jouer intensément en FUTO dans mon coin, ce fut un choc, une révélation et donc une libération. Cela peut paraître disproportionné mais tout comme le whisky sans glace une fois essayé je ne pouvais plus revenir en arrière. Complètement accroc à ce mode de jeu, je me rendais là ou tout avait commencé: la communauté WAP (wearepes.com). C’est sur ce forum que les termes FUMA (FUll MAnual) et FUTO (FUll auTO) furent inventés et c’est donc naturellement là que j’allais rencontrer les membres de la communauté FUMA. Comme dans toute intronisation au sein d’une communauté cela ne se fit pas sans heurt. Un bizutage en forme d’initiation qui n’allait pas me laisser indemne.

Qui dit communauté, dit communautarisme, il faut donc savoir qu’autour de la notion de FUMA gravite tout un cortège d’idées plus ou moins radicales. Alors que les joueurs FUTO ne s’intéressent absolument pas au FUMA, souvent par ignorance (ils ne connaissent généralement même pas le mode, ni le terme) et parfois par manque de compétitivité, les joueurs FUMA rejettent massivement le mode FUTO activé par défaut dans FIFA ou PES. Le joueur FUMA essaye donc de se détacher au maximum de l’automatisation, de l’assistance et des patterns inhérent au mode FUTO. Adossé à cette envie de liberté une sorte de charte de bonne conduite et un état d’esprit fair-play s’est naturellement mis en place lors des confrontations entre joueurs FUMA. Pour l’esthète pratiquant le FUMA, de facto, le joueur FUTO est un « Kevin qui presse sur les six mètres, ne fait que balancer de long ballon en L1+triangle, centrer sur Ronaldo avec son Real de merde et faire la garce quand il le faut, juste pour gagner un pauvre match saison, sans parler des déconnexions de rageux ». On peut évidemment avancer que c’est réducteur, primo pour les joueurs FUTO qui ne jouent pas tous comme des gorets et deuzio pour les joueurs FUMA qui ne pensent pas forcément tous de cette manière. Bien sur ça l’est, réducteur, puisque j’ai rencontré mes partenaires virtuels favoris (et oui, encore) dans la communauté FUMA et qu’ils ne sont pas tous des archanés. Mais c’est tout de même l’idée la plus souvent sous-entendue. Par opposition, le joueur FUMA tentera lui de se rapprocher au maximum de ce qu’il aime dans le football sans profiter de pattern de gameplay lui permettant de dominer son adversaire. Par des échanges fair-play lors des matchs (rendre le ballon après une blessure, ne pas tirer les penalties litigieux, s’envoyer des messages de sympathie après un gros loupé,etc…) il marquera son appartenance à la communauté. J’ai même vu des extrémistes du FUMA stopper une action de but qui résultait d’une phase de jeu non conventionnelle, comme un contre favorable par exemple. Le joueur FUMA est aussi un vrai globe-trotter, puisqu’il joue essentiellement avec des équipes inférieur à quatre étoiles. Exit donc le Real, Chelsea ou autre Bayern, et bienvenue à Jeju United, Kilmarnock ou Huddersfield Town. Je sais cela ressemble à une parade amoureuse entre deux dindons en rûtes, mais c’est finalement la réalité de toutes communautés.

Quand j’ai déboulé sur WAP après mes trois années de FUTO (FIFA 08/09/10), je suis un peu arrivé comme un chien dans un jeu de quilles. Mes réflexes de joueur FUTO – collés comme un vieux chewing-gum sur ma semelle – et mon esprit de compétiteur ne firent pas tout de suite bon ménage avec la trentaine de joueurs FUMA présents sur le site. En effet, malgré quelques parties du forum WAP dédiées au FUMA, à des échanges sur le mode de jeu ou sur l’organisation de matchs amicaux, le cœur de la communauté se réunissaient autour de compétitions. Je me suis très vite rendu compte que l’équilibre est alors précaire entre le « prêt à tout pour gagner » et faire du FUMA. J’ai eu des résultats surprenant dès le départ, surtout grâce à un niveau correct en défense, et j’ai surtout fonctionné au « fait comme tu peux » en attaque. Ouverture en L1+triangle, lob, « passe petit kiki », la panoplie complète de mes restes FUTO étaient étalés sur la place publique. J’ai ramassé les critiques et parfois les déconnexions de dégoût, mais à aucun moment je n’ai abandonné et dans la plupart des cas ces remarques sur mon jeu étaient plutôt pleines de bienveillance. Pourquoi faire du FUMA, s’affranchir des patterns du gameplay FUTO et les reproduire en FUMA ? C’est ainsi assis sur mon trône de faïence, un Sofoot à la main et le papier toilette dans l’autre, que je prenais pleinement conscience de mon appartenance à la communauté FUMA.

Je suis un joueur FUMA modéré, une sorte de centriste du FUMA. Je cherche avant tout à me faire plaisir dans le cadre que m’offre le gameplay manuel (de plus en plus limité malheureusement, mais c’est un autre débat). Mais sur WAP j’ai rencontré des radicaux. Je me souviens de débats interminables sur la dictature du jeu à la barcelonaise, sur la beauté plutôt que la simplicité, et dans ce cadre précis la sempiternelle rengaine de la « passe petit kiki ». Ce n’est pas une position du Kamasutra pratiqué avec son partenaire virtuel, mais une situation de but ou deux attaquants se retrouvent seuls devant le gardien. Plutôt que de tirer, le plus souvent en angle fermé, le joueur possédant le ballon décale l’attaquant libre pour marquer dans le but vide. Il faut imaginer des pages entières de discussions enflammée sur le forum WAP rien que sur cette manière de marquer un but. On voit bien là toute la difficulté de s’approprier le FUMA et de le partager.
Je faisais donc mon apprentissage et ma totale reconversion sur WAP mais je validais pleinement mon appartenance à la communauté en intégrant la team FUMA TRL (therealleague.com) avec laquelle je m’investis encore aujourd’hui et qui est une vrai bande de potes.

FUMAvant-gardiste ?

Que cela soit sur WAP et maintenant sur la TRL le nombre de membres participants aux compétitions a rarement dépassé la quarantaine de personnes, et cela dans le meilleur des cas. Je ne vais pas mentir, la communauté TRL vivote (même si l’arrivée de FIFA 15 et PES 2015 a redonné de l’allant). Depuis deux ans, une trentaine de membres s’affrontent malgré tout lors de compétitions vraiment originales et de superbes qualités. Au niveau effectif, entre départ et arrivés, les comptes s’équilibrent à peu prêt. Sur WAP les compétitions n’ont carrément plus lieux (là aussi l’arrivée de FIFA 15 mais surtout de PES 2015 – cœur de la communauté WAP – semblent motiver à nouveau les troupes) et certains estiment même que le FUMA n’est plus ce qu’il était. On peut aussi miser sur Projet82 et son site rétro (jean-pierre-adams-fifa-ligues). Malheureusement pour lui son travail de forçat est basé sur le centre de création qui a disparu sur PS4, le privant ainsi de beaucoup de joueurs (PES 2015 pourrait bien, là aussi, faire un bien fou à cette communauté). On compte pourtant dans nos rang le numéro 1 mondial en FUMA : Lucio (twitter: LucioTGB). Il est plutôt bien présent chez EA France, mais cela ne suffit pas. Il y a de très bons joueurs en Italie, en Espagne et en Allemagne, mais pas de site communautaire à proprement parlé. L’année dernière un site italien et un site français ont fermé leur porte. Bref, la communauté FUMA est toujours présente, surtout en France, mais les rangs se sont resserrés, notamment autour du mode club de FIFA (avec parfois plusieurs équipes au sein d’un même site). Mais comme je l’évoquais, l’arrivée de PES 2015 ce mois de novembre, qui à un mode “presque” FUMA, semble raviver la flamme (que EA avait méchamment soufflé) de certains joueurs FUMA et il se pourrait que dans un avenir proche la communauté soit un peu bouleversée. Malgré tout une question demeure, pourquoi le FUMA ne se démocratise-t-il pas ?

Comme je l’évoquais, une des raisons principales, si ce n’est la plus importante, c’est la visibilité du FUMA dans FIFA, et encore pire dans le dernier PES. C’est le mode FUTO qui est activé par défaut dans le paramétrage du pad. On a la possibilité de faire des matchs saison en manuel, mais depuis un an c’est très difficile de trouver un adversaire et il faut avoir bac+5 pour trouver le classement FUMA. Le mode existe mais sa lisibilité et visibilité sont catastrophiques. Ensuite je sais par expérience et pour avoir tenté de convertir quelques amis que le passage du FUTO au FUMA est délicat. On passe de joueur avec un niveau correct à jeune troufion. Pour certain le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il faut de la patience, du temps et accepter de louper les buts à un mètre, aussi bien que de tuer quelques pigeons quand on centre.

A mon sens une autre raison vient se greffer à celles que j’ai cité plus haut. La communauté FUMA ne participe pas beaucoup à l’expansion du mode et c’est là toute l’ambivalence de celle-ci. Elle se comporte parfois comme une communauté d’avant-garde, donc par définition opposée à l’académisme du mode FUTO. On pourrait voir cela comme une perpétuelle fuite en avant pour ne pas être rattrapé par ceux que l’on méprise. Je sais, présenté de cette manière cela ne donne pas forcément envie et la plupart du temps c’est une posture un peu provocatrice. Mais il en découle un prosélytisme proche du néant. Si je prends l’exemple de la TRL que je connais bien, on a déjà pour mission de maintenir en éveil nos membres en leur proposant des challenges toujours intéressants. Sans parler de FUMA ou FUTO on est confronté à tout les problèmes inhérents à une communauté d’eSport : délais non respectés, joueurs fantômes, conflits entre joueurs, fair-play, etc… Et si demain cinquante joueurs s’inscrivaient sur le site je ne sais même pas si l’on pourrait l’assumer. Pourtant le site communique de multiples façons (soirées exceptionnelles, compétition entre des joueurs européens, un magazine, Twitter, Facebook…), mais cela ne s’adresse qu’aux joueurs manuels et reste donc dans le microcosme FUMA. Il y a là une logique de groupe propre à l’individu. Si je prends mon cas personnel il ne me viendrait même pas à l’esprit après un match contre un FUTO (chose très rare) de le contacter pour lui parler du FUMA. Déjà parce que le match aurait sans doute été dégueulasse, qu’il m’aurait saoulé et ensuite pour préserver ma singularité de joueur FUMA. Cela ressemble à un sac de nœud bien serré puisque une fois passé du côté FUMA il est très dur d’échanger avec les joueurs FUTO, parfois par choix, mais le plus souvent parce que l’on ne se croisent plus.

Malgré tout je crois dur comme fer que le FUMA est le mode de jeu ultime pour le football virtuel. La démocratisation de ce mode de jeu et une arrivée massive de nouveaux joueurs ne pourraient être que bénéfique à la communauté. Mais qui a les clefs ? Un peu notre communauté sans doute, qui pourrait via une communication plus large (des tournois FUMA vs FUTO par exemple, même si nos chances de briller seraient minces) faire découvrir une autre manière de jouer. EA et Konami évidement qui ne pousse pas du tout ce mode de jeu. Et à travers ces deux éditeurs, qui d’autres que les P.G.M (Pro Gamer Master), et les champions d’eSport pourraient prouver que d’avoir un vrai niveau en football virtuel serait de jouer en FUMA.

eFUMA

Historiquement les premiers jeux de foot étaient en FUMA. Cela était plus lié à des contraintes techniques qu’à un choix de développeur. Les joystick n’avaient qu’un seul bouton, donc forcément les subtilités de gameplay étaient très limitées. La passe et le shoot étaient donc sur le même bouton. Mes premiers jeux de foot sur Amstrad 464 (Emlyn Hughes International Soccer ou Match Day 2) étaient très limités dans les actions possibles, mais avaient le mérite d’être en FUMA. De mémoire le premier jeu à proposer un mode FUTO acceptable fut Kick Off sur Atari ST. Par défaut toutes les actions étaient en FUMA mais à la réception du ballon et en laissant le doigt appuyé sur le bouton du joystick le joueur bloquait la balle, puis en relâchant le bouton faisait une passe auto au joueur le plus proche. Avec l’avènement des bornes d’arcade et des consoles plus puissantes avec un PAD à plusieurs boutons le mode FUTO s’imposa logiquement. Je pense à des jeux comme Virtua Striker en arcade et à ISS (International Superstar Soccer) et FIFA sur SNES par exemple. Le FUMA disparu alors complètement des jeux de foot, le FUTO paraissant être une évolution et le FUMA une régression. L’avènement de PES et FIFA ne fit que renforcer cet aspect du gameplay avec deux jeux d’excellente qualité. On notera tout de même que le PES de Konami laissait toujours la possibilité de faire des passes manuelles via une une combinaison de touche (de mémoire un doigt appuyé sur une des gâchettes pendant la passe).

Alors que le FUMA avait complètement disparu, tombé dans les limbes d’un gameplay obsolète, FIFA 08 sur PS3 et XBOX réintroduit ce mode. L’évolution était notable puisque l’on pouvait paramétrer entièrement ses actions. Je ne sais pas qui eu cette idée de génie chez EA Sport mais je ne le remercierais jamais assez. Passes hautes, passes au sol, tirs, ouvertures, toutes les composantes d’un jeu de foot était disponible en full manual. L’apparition d’un classement FUMA et la notoriété de Lucio contribuèrent grandement à faire connaître ce mode. Et c’est donc naturellement que des joueurs à la recherche d’un autre gameplay, des joueurs saoulés par l’automatisation des actions du au FUTO, se réunirent en communauté. Pourtant le mode FUMA reste toujours très confidentiel et EA Sport et maintenant Konami depuis PES 2014, ne communiquent quasiment pas sur cette manière de jouer. Ils ont enfanté un mode de jeu mais il est comme le rejeton du pêché que l’on laisse au fond de l’église le jour du mariage.

Tout cela manque de VRP de luxe, et qui d’autre que les gamers professionnels (comme Bruce Grannecbrucegrannec.com) pourraient « vendre » ce mode jeu. ? On est tout de même en face d’une situation sans précédent dans l’eSport puisque c’est le mode le plus facile, automatisé au maximum qui est choisi lors des compétitions officielles. Il est difficile d’imaginer un tournoi de Counter-Strike avec une visée semi automatique, ou un mode de création automatique d’unités dans StarCraft. Les modes choisis lors des compétitions d’eSport sont censés mettre le plus en valeur le « skill » du joueur. Sur FIFA les joueurs pratiquent donc leur sport dans un mode les déchargeant finalement d’une partie essentielle du football. : la précision, la technique, le sang-froid devant le but. Cela n’enlève rien aux qualités des gamers professionnels et je suis sur que si le FUMA devenait le mode par défaut des compétitions on retrouverait les même joueurs. Les qualités défensives et d’anticipation, le calme pour supporter la pression sont des qualités qui n’ont rien a voir avec le FUMA. Mais on a en face de nous des joueurs qui connaissent parfaitement les patterns de gameplay offensifs et on se retrouve donc avec des match d’un ennui mortel, avec des équipes identiques, des ouvertures et des centres automatisés aux petits oignons pour Ronaldo et finalement très peu de diversité. Alors oui bien sur, les organisateurs de ces compétitions n’empêchent pas un participant de faire le tournoi en FUMA, mais il n’aurait absolument aucune chance de briller. Ça serait magnifique mais il ne pourrait pas défendre indéfiniment et correctement sur les L1 + triangles et les centres millimétrés du mode FUTO. Contrairement aux autres jeux d’eSport ou c’est le niveau exceptionnel des gamers qui est censé pousser l’amateur à regarder les compétitions, on est ici dans la vente du rêve.  Celui d’avoir son quart d’heure de gloire, celui de penser qu’avec un minimum d’entrainement l’on pourrait devenir champion du monde de football virtuel. En proposant des compétitions de football virtuel sur le mode de jeu le plus accessible, les organisateurs laisse entrevoir la possibilité au petit Kevin que lui aussi pourra remplacer Bruce Grannec.  Ce sont de grands champions mais je reste persuadé qu’ils gagneraient encore plus le respect et l’admiration si ils pratiquaient le football virtuel en activant le mode de jeu demandant le plus de maîtrise: LE FUMA !

Alors joueurs de football virtuel de tout pays, reveillez-vous ! Montrez votre vrai niveau et passez en FUMA

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